En Côte d’Ivoire, certains éleveurs de chenilles appelées scientifiquement larves du charançon du palmier, parviennent aujourd’hui à générer entre 400 000 et 800 000 FCFA tous les quarante jours, après stabilisation de leur production. Pourtant, cette filière reste encore peu connue du grand public, malgré un marché en pleine progression dans plusieurs pays africains.
Avec un investissement de départ estimé à seulement 10 000 FCFA pour une petite unité de production, l’élevage de chenilles, encore connu sous l’appellation d’entomoculture, peut générer 400 000 FCFA et 800 000 FCFA par cycle, pour un producteur qui respecte tous les protocoles techniques. Portée par des acteurs comme Hassan Hoteit, président de la Fondation Mutation & Promoteur de la filière des insectes comestibles en Afrique avec le réseau Insectafriq, cette activité est aujourd’hui présentée comme une alternative économique capable de répondre à la fois aux enjeux de sécurité alimentaire, de chômage des jeunes et de transformation industrielle des protéines animales.
Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), plus de deux milliards de personnes consomment déjà des insectes dans le monde, dont les chenilles qui affichent une teneur en protéines pouvant atteindre 80 % de matière sèche, avec des apports élevés en fer, zinc, magnésium et acides gras essentiels (oméga 3, 6 et 9).
En Côte d’Ivoire, cette réalité pousse plusieurs producteurs et promoteurs à structurer une filière longtemps restée artisanale. À travers son réseau, Hassan Hoteit développe depuis plusieurs années des programmes de formation et de production autour de la larve du charançon du palmier. « Nos parents consommaient déjà ces larves dans les villages. Aujourd’hui, nous transformons cette pratique traditionnelle en une activité moderne, organisée, contrôlée et durable », explique-t-il.
Pour l’expert, la filière ne se limite plus à la simple consommation locale. Elle offre désormais d’énormes possibilités de transformation. « Aujourd’hui, on peut en produire de la farine protéinée, des huiles, des biscuits énergétiques, des compléments alimentaires ou encore des aliments pour animaux », précise-t-il.
Une activité accessible à tous
L’un des principaux atouts de cette filière reste son faible coût d’accès. Contrairement aux élevages classiques (volailles ou bovins), l’élevage de chenilles nécessite peu d’espace et très peu de ressources. « Un débutant peut démarrer avec environ 10 000 FCFA. Il faut une bassine, un couvercle, un tissu de protection et quelques éléments de substrat comme le manioc ou la bagasse de coco… », détaille M. Hoteit.
Après une phase de stabilisation qui dure généralement entre 5 et 6 mois, certains producteurs développent peu à peu plusieurs dizaines de bacs de production. Une ferme bien organisée peut produire tous les quarante jours. Les revenus varient selon la taille de l’exploitation et le respect des protocoles techniques, pour permettre aux éleveurs de vendre le kilogramme entre 8 000 et 10 000 FCFA, selon les standards de qualité.
Entre défis techniques et ambitions industrielles
La filière, malgré son potentiel économique, reste confrontée à plusieurs difficultés techniques et scientifiques. « Nous devons continuer à renforcer les recherches sur les protocoles d’élevage : température, humidité, alimentation adaptée, reproduction, résistance des larves, gestion sanitaire, etc. », indique M. Hoteit.
Le climat constitue notamment un défi majeur. Les fortes chaleurs compliquent parfois le maintien des températures favorables au développement des larves. « Nous avons également besoin de davantage de données scientifiques et de collaborations avec les universités et centres de recherche afin d’optimiser la production », souligne le promoteur.
La question sanitaire reste également centrale. Les producteurs doivent respecter des règles strictes afin d’éviter les contaminations et garantir la qualité des produits commercialisés. « Les larves sont très sensibles. Il faut des bâtiments bien aérés, bien orientés et adaptés à l’environnement des larves afin d’éviter les excès de chaleur et d’humidité. C’est la raison pour laquelle nous rachetons uniquement des larves vivantes provenant des producteurs de notre réseau certifié ».
En dépit de ces contraintes, cette filière pourrait devenir une source importante de revenus et d’emplois pour les jeunes ivoiriens, car la demande continue de progresser sur le marché ivoirien et sous-régional, avec trois catégories de consommateurs : les anciens consommateurs attachés aux habitudes traditionnelles, les jeunes consommateurs urbains et le marché éducatif destiné aux enfants et adolescents.
Hervée MONA



