Sur la période 2023-2024, selon les chiffres officiels, environ 739 000 tonnes de fèves de cacao ivoirien ont été transformées sur place, soit 42 % de la production totale du pays estimée à près de deux millions de tonnes. D’après un rapport inédit du Département américain de l’agriculture (USDA-mars 2025), 97% de la transformation locale se limite à la production de produits semi-finis, notamment poudre, pâte et beurre de cacao destinés à l’exportation.
Les produits finis à base de dérivés du cacao sont nombreux et diversifiés. On en trouve notamment dans l’alimentation, le cosmétique, la pharmacie, l’agriculture et l’environnement.
Les produits finis du cacao
Sur le marché, on retrouve des boissons, biscuits, pâtisseries et desserts conçus à base de la poudre de cacao. Celle-ci rentre aussi dans la composition des compléments alimentaires, boissons protéinées et produits diététiques. Le beurre de cacao sert, quant à lui, d’ingrédient essentiel pour les gâteaux, biscuits, cakes, muffins, crèmes de dessert, yaourts aromatisés, glaces, céréales du petit-déjeuner, etc. Par ailleurs, le beurre de cacao se retrouve dans le secteur du cosmétique et des soins corporels où il sert à la fabrication des crèmes hydratantes, baumes à lèvres, produits capillaires, huiles de massage, etc. En outre, certains produits pharmaceutiques tels que suppositoires, pommades et crèmes médicales ainsi que solutions dermatologiques sont préparés avec du beurre de cacao. De son côté, la pâte de cacao est à la base de la fabrication de différents types de chocolat noir, blanc et au lait que nous connaissons. Mais aussi et surtout pour la préparation des boissons chocolatées, des confiseries, fourrages pour biscuits, ainsi que des barres chocolatées. En ce qui concerne l’agriculture et l’environnement, les coques et résidus de cacao sont transformés et utilisés comme compost organique, aliments pour animaux, paillage agricole, bioénergie et biomasse.
Des défis : fabriquer des produits finis et les faire consommer localement
D’après les spécialistes, la plus forte valeur ajoutée mondiale du cacao réside, aujourd’hui, dans les marques de chocolat, les confiseries, les cosmétiques et les produits nutritionnels. Malheureusement, la part de produits finis transformés localement, pour la Côte d’Ivoire, est d’environ 3%, représentant seulement quelques dizaines de milliers de tonnes sur les 739 000 tonnes qu’elle peut transformer. La transformation est donc encore marginale au regard des opportunités pour des produits comme les savons au beurre de cacao, crèmes hydratantes, baumes à lèvres, huiles et lotions corporelles, etc. Pour ses besoins en ces produits, le consommateur ivoirien ne trouve que des produits importés. L’installation de l’usine TRANSCAO par l’Etat ivoirien a fait passer les capacités de transformation locale à près de 50% de la production annuelle. Cependant, le défi reste la fabrication de produits finis exportés sous des marques ivoiriennes. Cela augmenterait la part de richesses nationales liées au cacao, selon plusieurs experts du secteur.
Une question revient, lancinante : pourquoi la transformation en produits finis reste aussi faible dans le pays ? Pour Axel Emmanuel, fabriquant ivoirien de chocolat, cette situation s’explique par la faiblesse de la consommation des produits du chocolat. « Le chocolat n’est pas entré dans les habitudes alimentaires des Ivoiriens parce qu’il revient un peu plus cher pour leur bourse », affirme-t-il. Notre interlocuteur ajoute que le cacao est parmi les matières premières ivoiriennes, celui dont le prix bord champ est le plus élevé. Avec le kilogramme à 1200 FCFA contre 60-80 FCFA pour le manioc, la plaquette de chocolat est, naturellement, plus chère qu’un plat d’attiéké. Notre chocolatier soutien qu’il faudrait alors arriver à produire du chocolat adapté au pouvoir d’achat et accessible pour la majorité. Dans ce sens, d’ailleurs, en collaboration avec plusieurs acteurs, ils auraient mis en place une marque de tablette de chocolat vendu au prix de 650 FCFA, a confié Axel Emmanuel.
La filière mondiale du cacao et du chocolat représente 145 milliards USD (soit 84 100 milliards FCFA) par année. La part du cacao dans le PIB ivoirien est de 14-19 milliards USD (environ 8 120 à 11 020 milliards FCFA), alors que la Côte d’Ivoire fournit 40% de la production mondiale.



