En Côte d’Ivoire, le problème de la conservation de l’oignon et de la tomate cause d’importantes pertes post-récoltes se chiffrant à plus de 5 milliards FCFA/an. Cela représente 30% de la production de l’oignon (2400 t) et 8,6% de la tomate (2580 t), selon la FAO et une étude publiée sur le site www.researchgate.net en février 2025.
La conservation est donc le véritable goulot d’étranglement du secteur de la tomate et de l’oignon en Côte d’Ivoire. Selon les études, les pertes post-récoltes représentent environ 1,92 milliard FCFA pour l’oignon et 3,096 milliards FCFA pour la tomate. Celles-ci sont liées à l’absence d’infrastructures de froid pour stocker, la saturation des marchés, les emballages inadaptés, etc. On note également l’instabilité des prix due à l’absence de conservation. En effet, au cours de la saison (mai – août), la surabondance de tomate et d’oignon sur le marché fait baisser les prix. Mais, on constate une hausse des prix en période hors-saison (janvier-avril pour la tomate et juillet-septembre-octobre pour l’oignon), lorsque les légumes se raréfient. Ainsi, si l’on s’en tient aux prix pratiqués en février 2026 sur les marchés d’Abidjan, le kilo d’oignon était vendu entre 600 et 800 FCFA et celui de la tomate à 1200 FCFA (Sika Finance). De mai à août 2025, le kilo de tomate a oscillé entre 400 et 700 FCFA, tandis que celui de l’oignon était acheté entre 500 et 700 FCFA. Selon l’étude, les variations des prix sur le marché ne permettent pas aux producteurs de tirer de meilleurs profits, conduisant ainsi à la faiblesse de leurs revenus dans le secteur. Par ailleurs, sans possibilité de conservation, le pays se trouve maintenu dans la dépendance aux importations. A ce jour, la consommation nationale de tomate et d’oignon reste élevée pour une production locale encore très faible. Chaque année, il faut recourir à des suppléments de 112 000 t d’oignons et 170 000 t de tomates en provenance des pays étrangers : Burkina et Niger pour l’oignon ; Asie et Europe pour le concentré de tomate.
Retombées positives de la conservation
Si les pertes post-récoltes étaient jugulées, elles se convertiraient automatiquement en revenus et augmenteraient les bénéfices avec les mêmes rendements des producteurs. Un calcul rapide permet d’illustrer cela. Considérons qu’un kilo d’oignon coûte 500 FCFA. Multiplié par les 2 400 000 kg de pertes annuelles, on obtient 1,2 milliard qui irait dans la poche des producteurs. Avec les 2 580 000 kg de tomate perdus, si le kilo est fixé à 400 FCFA, c’est une économie de 1,14 milliard qui est réalisée. L’exploitant peut, en outre, stocker son produit, en période d’abondance, pour le vendre au moment de la pénurie. Il peut négocier de meilleurs prix et avoir accès à des marchés plus rémunérateurs ; ce qui lui permettra de multiplier ses marges économiques. Les experts du domaine expliquent aussi que la conservation créera une chaîne de valeur locale génératrice de plusieurs emplois. Notamment au niveau du stockage, de la transformation, du conditionnement, du transport, et de la commercialisation. La conservation offrirait également du travail non agricole aux jeunes et aux femmes vivant en zone rurale.

Si la conservation était maîtrisée, elle pourrait aussi, à terme, réduire les importations et booster la production nationale, toujours d’après les experts du secteur. Il faut souligner que, malgré son importance, la conservation est freinée par des défis tels que : le manque d’infrastructures (chambres froides, magasins), le faible accès au financement, l’absence de formation technique, et le coût élevé de l’énergie.



