L’eau minérale que nombre d’Ivoiriens consomment presqu’au quotidien est soumise à un contrôle qualité drastique. Immersion au cœur de l’inspection de l’eau que nous consommons.
Olgane, Awa, Céleste, Waters, Bassam, AkwabaO’, Coton Eau, Eau de Source d’Ivoire, L’eau du Baobab, O’Water, Kirène, sont les marques d’eau minérale les plus populaires sur le marché ivoirien. On les retrouve dans les coins de rues, supermarchés et boutiques de quartiers. Leur production et leur commercialisation passent par un processus rigoureux et réglementé.
Quelles étapes suivre pour créer son unité de production d’eau ?
Selon les dispositions du Code de l’eau et de Côte d’Ivoire Normalisation (CODINORM), la mise en place d’une unité de production d’eau minérale passe par deux étapes clés et obligatoires. Il faut d’abord identifier la ressource d’eau. Ensuite, mener des études hydrogéologiques, afin de prouver que cette ressource est exploitable et saine. Ces études analysent le débit, la profondeur, la nature des roches traversées et la qualité de l’eau. Cela permet de mesurer le potentiel hydrogène pH, la conductivité, la teneur en calcium, magnésium, sodium ou bicarbonates. Mais ce n’est pas tout. Les analyses visent surtout à rechercher des éléments indésirables tels que : nitrates, métaux lourds, bactéries, etc. Une fois que ces analyses sont terminées, l’obtention de certains documents par l’exploitant auprès des autorités compétentes devient possible : autorisation d’exploitation de la ressource en eau et agrément sanitaire. Mais à ceux-ci s’ajoute un autre sésame. Une validation de conformité aux normes ivoiriennes établies par
CODINORM. Et, c’est seulement après avoir rempli toutes ces conditions qu’un exploitant est alors autorisé à forer un puits, s’acheter une machine d’embouteillage, produire et commercialiser de l’eau minérale. Mais l’activité n’est pas laissée à elle-même sans contrôle de l’autorité. CODINORM intervient, également, pour encadrer cette production des eaux minérales.
La norme ivoirienne NI 4711 : 2021
De quoi s’agit-il ? Cette norme établit les caractéristiques des eaux minérales naturelles, les limites microbiologiques, ainsi que les seuils des composants chimiques. Soit nitrates (50 milligrammes/litre), fluor (1,5 milligramme/litre), plomb (10 microgrammes/litre) ou arsenic (10 microgrammes/litre). Il s’agit là de normes que les usines sont tenues de respecter.
L’étude « analyse radiologique des eaux minérales produites en Côte d’Ivoire par la technique de spectrométrie gamma », concernant les eaux Olgane, Celeste et Awa, publiée par la Revue Ivoirienne des Sciences et Technologie n°30 de décembre 2017, a démontré que pour l’eau minérale Awa, les doses radionucléides étaient supérieures à la valeur de référence de l’OMS pour les adultes de plus de 17 ans. L’étude avait recommandé aux individus de plus de 17 ans, de réduire la consommation de l’eau minérale Awa afin de limiter les effets néfastes de l’exposition aux rayonnements ionisants.
Soulignons que la norme NI 4711 : 2021 aussi réglemente l’étiquetage des eaux. Elle oblige les fabricants à inscrire sur les emballages, en caractères lisibles, indélébiles et visibles de l’extérieur, certaines mentions obligatoires: le nom et l’adresse du fabricant ; le pays d’origine ; la dénomination de l’eau « eau minérale » ; le nom de la source ; le volume net du colis ; la date de fabrication ; la date de péremption ; le numéro du lot ; la composition conformément aux résultats d’analyses officiellement reconnues.
Le contrôle qualité : parcours labo, usine et supermarché
Avant la mise sur le marché, les producteurs doivent réaliser des analyses régulières de l’eau. A ce propos, un expert travaillant dans un laboratoire d’analyse, et témoignant à Le Tamtam Parleur sous anonymat, explique qu’il existe trois types d’analyses : Les analyses microbiologiques pour détecter les micro-organismes pathogènes et déterminer les niveaux de contamination microbiologique ; les analyses chimiques qui vérifient les compositions des produits, détectent les résidus de pesticides, des métaux lourds et autres contaminants chimiques. Il y a enfin, les analyses physiques qui sont des tests pour mesurer les propriétés des produits comme la densité, la viscosité ou la texture des composants. Le contrôle qualité consiste donc à s’assurer que toutes les normes sont suivies à la lettre. Il implique parfois des inspections inopinées dans les usines et sur les marchés. Notons qu’une bouteille d’eau stockée trop longtemps en plein soleil peut subir des altérations. Le plastique exposé à de fortes températures peut se dégrader et influencer la qualité du produit.
Le contrôle qualité est aussi doublé de l’auto-contrôle par les fabricants qui font réaliser aussi des analyses régulièrement auprès des laboratoires accrédités (publics ou privés), à commencer par ceux de l’Etat. On compte ainsi plusieurs laboratoires outillés pour ce genre de prestations : l’Institut national d’hygiène publique (Inhp) ; l’Institut national de santé publique (Insp) ; le laboratoire national d’essais de qualité, de métrologie et d’analyses (Lanema) et le Laboratoire national de santé publique (Lnsp). Les résultats des analyses sont transmis à l’entreprise qui doit appliquer les actions correctives en cas de non-conformité. L’expert du domaine qui nous a parlé affirme qu’au regard de la réglementation en vigueur en Côte d’Ivoire, il serait presqu’impossible de trouver de l’eau minérale impropre à la consommation humaine.
Des fabricants illégaux sur le marché
Plusieurs marques d’eaux conditionnées en bouteille et en sachet fabriquées localement inondent le marché d’Abidjan sans être passées par le filtre de l’autorité. Ce qui pose un réel problème de santé publique. Un article scientifique de la revue de recherche en sciences humaines et sociales intitulé « Commerce ambulant d’eau de boisson et sécurité sanitaire de l’eau vendue dans la commune d’Adjamé (Abidjan) », publié en 2022 sur le site www.questjournals.org s’est intéressé à ce fléau. Cette enquête recense les différentes marques d’eaux informelles vendues sur le marché d’Adjamé : Eau chic, Water’s, Manou, Kimbo the best water, Flash O, le Temps, Princess, Matou, Zarha, Massa, Akwaba, Eau canaan, Vita-eau, Précieuse, Vitale, Ami Dji, TB, O Meliss, etc.

Pourtant, la loi 11 n° 2023-902 du 23 novembre 2023 portant Code de l’Eau punit les contrevenants aux normes en matière de production et de commercialisation des eaux, à des peines de prison, d’amendes pécuniaires et à des sanctions administratives. Ainsi, lorsqu’il s’agit du non-respect des normes, les autorités peuvent ordonner le retrait d’un lot non conforme ; l’agrément sanitaire peut être suspendu, voire retiré dans les cas graves et la fermeture temporaire d’une unité de production peut intervenir en cas de risque pour la santé publique. Conformément à l’article 150 de cette loi, les contrevenant s’exposent à une peine d’emprisonnement de six mois à deux ans et à une amende de dix millions à cent millions de francs CFA ou à l’une de ces deux peines. Le juge ordonne également la confiscation et la destruction de ces produits et des outils de production. Ça c’est pour ce qui est des entreprises légalement constituées qui n’auraient pas respecté les normes.
S’agissant des personnes qui mènent cette activité dans l’illégalité, l’article 151 de la loi prévoit, à leur encontre, les mêmes sanctions que pour les entreprises prises à défaut dans le respect des normes : peine d’emprisonnement de six mois à deux ans et une amende de dix millions à cent millions de francs CFA ou à l’une de ces deux peines. Parallèlement, la justice fait confisquer et détruire leurs produits et outils de production.
En 2025, entre 12 et 15 entreprises déclarées produisent et approvisionnent le marché local. On estime la contribution de l’eau minérale au PIB, la même année, à 333 milliards F CFA.



