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jeudi 22 janvier 2026
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Prêt en ligne: Le visage des arnaqueurs

Depuis 2023, ces arnaqueurs des temps modernes ont fait bondir le nombre d’applications de prêts en ligne en Côte d’Ivoire. L’Autorité de régulation des télécommunications en a répertorié plus d’une vingtaine. Derrière ces applications, se cachent de véritables bourreaux qui ont traumatisé près de 500 victimes, selon la Plateforme de lutte contre la cybercriminalité.

M. Ty, manager d’une entreprise, a été arrêté par les agents de la Plateforme de  lutte contre la cybercriminalité (PLCC). L’homme, d’origine asiatique, a confié aux fins limiers qu’il était à la tête d’une entreprise fictive. Derrière cette fausse entité morale se cachait une activité intense de prêts en ligne assurée par une cinquantaine d’employés ivoiriens désignés comme des « conseillers clients ». Plutôt bavard pendant son audition, le manager a expliqué que, pour contourner le dispositif légal qui encadre la création d’application de prêt en ligne en Côte d’Ivoire, son entreprise utilisait l’agrément d’une société de microfinance légalement constituée. Le sieur Ty n’a pas été le seul à tomber dans les filets de la police.

15 individus derrière les prêts en ligne arrêtés

Jeunes pour la plupart, ils ont été recrutés pour certains comme conseillers-clients après une formation expresse qui avait pour but d’aiguiser leurs aptitudes aux recouvrements rapides, agressifs et contraignants. C’est d’ailleurs cette sombre expertise mise en pratique qui vaudra à quinze employés des plateformes de crédit en ligne « Flèche Prêt », « Finance Quotidienne », « Wave Prêt » et « Crédit Max » d’être arrêtés en début du mois d’octobre 2025. Parmi ceux-ci, on trouve des informaticiens, des développeurs et plusieurs jeunes femmes, tous Ivoiriens, qui devront répondre devant le juge des charges de prêts usuraires sur Internet, vol de données à caractère personnel et menaces via un système d’informations. 


Les minutieuses enquêtes de la PLCC ont permis de débusquer  plusieurs arnaqueurs cachés derrière les prêts en ligne.

Selon la PLCC, ce réseau d’arnaqueurs appâtait les usagers avec des promesses d’accès rapide aux prêts en ligne, sans garantie, avec des taux de remboursement très faibles. Seulement voilà, une fois l’emprunt contracté, au bout de quelques jours, commencent des recouvrements au parfum de harcèlement, d’appels téléphoniques incessants et de sms menaçants. Selon Aboubacar Goulani, expert en sécurité informatique et Président directeur général de l’entreprise Enov, beaucoup d’usagers qui contractent les prêts en ligne ne se rendent pas compte qu’en téléchargeant ces applications, ils permettent à des individus derrière, d’avoir un accès total à leur téléphone. « Ce process dans la conception d’une application est un jeu d’enfant pour tout développeur », fait-il savoir. 

Rappelons qu’en Côte d’Ivoire, la Loi n°2019-574 du 26 juin 2019 relative à la cybercriminalité punit la diffusion non autorisée d’informations personnelles, jusqu’à 5 ans de prison et 10 millions F CFA d’amende. Des victimes, ce phénomène nouveau de prêt en ligne, en a causé ces deux dernières années.

Près de 500 victimes à la PLCC

Ce sont précisément 492 plaintes que la PLCC a enregistrées en 2023. Des victimes de prêts en ligne qui ne supportaient plus cette pression psychologique exercée par les promoteurs de ces applications illégales. Chantal K., étudiante, se souvient de son expérience douloureuse : « J’ai téléchargé l’application parce qu’on promettait un prêt sans paperasse. On m’a accordé 50 000 FCFA, mais l’application a exigé l’accès à tous mes contacts et photos. Je n’avais pas le choix. J’avais urgemment besoin d’argent ». Le délai de remboursement ayant expiré, l’étudiante a expliqué qu’en plus des frais qui se sont ajoutés au remboursement, elle a subi de fortes pressions : « J’ai commencé à recevoir des appels d’un numéro inconnu, des menaces et des captures d’écran de mes photos envoyées à mes amis. C’était effrayant.  J’ai remboursé plus que le montant initial par peur, et je n’ai jamais pu joindre un service client fiable ». Même traumatisme pour Dame Kouamé, commerçante, qui avait contracté un prêt de 200 000 francs FCFA pour renouveler son stock. « L’application a prélevé directement sur mon mobile. Leurs agents de recouvrement m’appelaient matin et soir avec des numéros masqués. Ils menaçaient ma famille ». Et comme si cela ne suffisait pas, ces arnaqueurs accentuaient la pression : « Ils m’ont aussi dit que si je ne payais pas, ils publieraient des messages humiliants sur Facebook. J’ai porté plainte, mais la peur et la honte me paralysent encore » a-t-elle confié à Le Tamtam Parleur. Il est pertinent de savoir que la loi n°2014-810 du 16 décembre 2014, réglemente rigoureusement l’usure, interdisant tout emprunt dont le Taux Annuel Effectif Global dépasse le seuil déterminé par le Conseil des ministres de l’Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA) qui est de 15 % l’an pour les établissements de crédit. Les infractions peuvent entraîner des peines allant de deux mois à deux ans d’emprisonnement, accompagnées d’amendes allant de 100 000 à 5 millions de francs CFA. Au regard de ces nombreuses plaintes, l’Autorité de régulation des télécommunications n’est pas restée indifférente.

Une dizaine de promoteurs d’applications mise en demeure

Une dizaine d’applications a été mise sur une liste grise et ses promoteurs mis en demeure par l’Autorité de régulation des télécommunications. Ce sont « Le Prêt-Prêt d’Argent Mobile », « Prêtfacile », « Easy Cash-Prêt En Ligne » « PrêtRapide », «Le djai225 », « Prêt en ligne », « MiniPrêt », « Joli prêt-application de prêt », « Juju argent-prêt en ligne », « HiPret », « CI money ». Dans un communiqué, l’ARTCI avait invité les entreprises développeuses, promotrices ou propriétaires de telles applications, à se rapprocher de ses services compétents dans un délai de dix (10) jours, afin de se mettre en conformité avec la loi n° 2013-450 du 19 juin 2013 relative à la Protection des données à Caractère Personnel. A cet avertissement, les mis en cause ont opposé un silence non sans continuer leurs activités en toute illégalité. Et cela, en continuant de proposer des prêts allant de 10 000 à 500 000 à rembourser dans un délai compris entre sept et trente jours avec un taux d’intérêt de 30%. Au regard du mutisme de ces promoteurs d’application, l’ARTCI a alerté les populations sur les activités illicites de ces entités qui portent gravement atteinte aux données personnelles et à la vie privée des citoyens.  

Les recommandations d’un expert

D’après une étude en 2022, du CGAP (Groupe consultatif d’aide aux Populations Pauvres), le crédit numérique en Côte d’Ivoire est un marché naissant avec seulement 14 % des utilisateurs des services de mobile money ayant emprunté numériquement au cours des 12 derniers mois. Avec la floraison de ces applications de prêts en ligne, V. Eugène, ingénieur au sein d’une Fintech de la place, est convaincu que ces statistiques ont évolué. Pour lui, seule la vigilance peut être un abri sûr.  Il recommande : « Ne contractez jamais un prêt en ligne tant qu’il vous est impossible de connaître le siège du promoteur de l’application. » Selon l’ingénieur, une conversation téléphonique avec les promoteurs de ces applications est obligatoire, afin de prendre toutes les garanties avant que vous vous engagiez. Aussi, notre interlocuteur conseille aux usagers de vérifier si l’application est officiellement référencée ou s’il y a des alertes de l’ARTCI ou de la PLCC la concernant. « Si la société prétend avoir l’agrément d’un établissement légitime sans pouvoir le prouver de façon vérifiable, abstenez-vous », a-t-il fait savoir. D’après l’expert, toute création d’une application, quel que soit le domaine, est soumise à une autorisation préalable.

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