Le retour en Côte d’Ivoire du Djidji Ayôkwé, instrument traditionnel du peuple atchan pillé pendant la colonisation, fait réagir Venance Konan, écrivain de renom.
Chers lecteurs, j’ai des bonnes nouvelles à vous annoncer. La première est que le Djidji Ayôkwé, ce tambour sacré des Atchans emporté par les colons en 1916 revient dans son pays ce matin. La seconde est que le Musée des civilisations de Côte d’Ivoire (MCCI) qui va l’accueillir a été rénové et a mis ses habits des jours de fête pour recevoir son illustre hôte. Ce tambour était destiné, dans le passé, à transmettre des indications ou des ordres à tous les villages atchans. Une petite polémique avait failli naître sur son authenticité, puisque des images d’un autre tambour semblable avaient été publiées il y a peu. Mais selon les dires des sachants et les textes laissés par les colons eux-mêmes, qu’il y avait bien un Djidji Ayôkwé, celui que les Atchans vénèrent, et qui est bien celui qui revient aujourd’hui, qui était accompagné dans chaque village de tambours relais qui lui ressemblaient, mais qui n’avaient pas son caractère sacré.
Pour moi, le retour du Djidji Ayôkwé et la rénovation du MCCI marquent deux symboles forts : le début de l’appropriation de nos cultures, et la volonté de les faire connaître. Pendant longtemps, sous les coups de boutoir de « l’œuvre civilisatrice » de la colonisation et des religions qui nous furent imposées, nous avions cru que l’Africain moderne était celui qui avait rejeté tout ce qu’il y avait d’Africain en lui. Certains étaient allés jusqu’à tenter de changer la texture de leurs cheveux et la couleur de leurs peaux. Mais le constat est là : quels que soient les efforts que nous ferons, quels que soient nos connaissances de la bible ou du coran, nous ne serons jamais des Blancs ou des Arabes. Et plus nous chercherons à être comme eux, plus nous serons ridicules et méprisés par eux. Or, si nous ouvrons un tout petit peu les yeux autour de nous et arrêtons de nous mépriser nous-mêmes, nous découvrirons que notre culture est si riche et si dynamique qu’elle a fécondé bien d’autres autour d’elle, y compris, ou peut-être même surtout, celle de ceux qui nous ont dominés. Et si nous tournons nos regards vers l’intérieur de nous-mêmes, vers l’intérieur de nos cultures, nous réaliserons que nous ne pouvons pas être les éternels consommateurs de ce que les autres produisent, mais que nous pouvons nous aussi apporter beaucoup à l’humanité. (…)
Le retour du Djidji Ayôkwé, doit marquer le début de notre renaissance culturelle
Venance KONAN,
Grand prix littéraire d’Afrique noire (2012)
NDLR : Le titre et le chapeau sont de la rédaction.



