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mercredi 25 février 2026
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Résidences meublées: Drogue, alcool, sexe… le refuge des ados 

Sur les quelque 8 700 résidences meublées recensées sur l’ensemble du territoire national par le Collectif des associations de propriétaires de résidences meublées de Côte d’Ivoire (Capremci), plusieurs accueillent régulièrement des adolescents âgés de 10 à 17 ans. Selon de nombreux témoignages, ces résidences dont la quasi-totalité exerce dans l’illégalité, selon la Capremci, sont devenues des lieux de dérive où ces jeunes savourent sans modération alcool, drogue et sexe.

En 2020, douze adolescents âgés de 13 à 17 ans avaient été surpris en pleine partouze dans une résidence à Gonzagueville, à Port-Bouët. Dans ce groupe de jeunes libertins, la police avait dénombré huit garçons et quatre filles. Cette affaire a été une onde de choc. Les populations découvraient la face visible d’un phénomène naissant, qui s’est vite répandu chez les ados en milieu scolaire. Le commissaire Luc Zaka, de la sous-direction de la lutte contre le trafic, l’exploitation d’enfants et la délinquance juvénile, a lui aussi observé l’évolution de ce phénomène. « Le plus difficile, c’est qu’aujourd’hui, ces résidences qui accueillent ces adolescents ne sont pas reconnues comme telles», fait-il remarquer. Le chef de service explique que certaines personnes louent des maisons qu’elles transforment en résidence, à l’insu du propriétaire. « Généralement, c’est lorsqu’il y a du grabuge que nous intervenons et les cas sont nombreux », fait-il savoir, avant de se souvenir d’une affaire où sept adolescents, dont une fille, avaient occupé une résidence pour faire la fête. « Dans ces cas-ci, quand nous sommes alertés, le gérant de la résidence est automatiquement mis aux arrêts», prévient-il. Ce spécialiste de la lutte contre la délinquance juvénile se souvient aussi d’une autre affaire qui, même si elle n’a pas eu lieu dans une résidence, a impliqué dix adolescents dans un viol collectif sur une jeune fille de 14 ans à Yopougon, cité Cie. Ces indélicats s’étaient donnés rendez-vous dans la maison du père en voyage, d’un des leurs. « Ces ados ont été arrêtés, déférés et écroués à la Maca », raconte notre interlocuteur.

Quand des gérants de résidences succombent…

Kahié Kunta, président du Collectif des associations des propriétaires de résidences meublées de Côte d’Ivoire (Capremci), fait le même constat que la police et ne manque pas de s’indigner de voir effectivement des membres de son collectif s’adonner à ces légèretés. « Nous avons été saisis du fait que certaines résidences meublées accueillent des adolescents. Le phénomène est réel et c’est déplorable », martèle-t-il. Il poursuit son propos en rappelant qu’il y a une charte au sein du Capremci qui dispose que les propriétaires de résidences meublées doivent s’interdire de faire louer leurs résidences aux adolescents, c’est-à-dire les jeunes âgés de moins de 18 ans. Tous les propriétaires ou gérants sont tenus de vérifier la pièce d’identité du client, avant de lui céder sa résidence. Si cette disposition de la charte du Collectif résiste difficilement, c’est bien souvent parce que ces ados sont prêts à tout pour assouvir leurs fantasmes.

Beaucoup d’ados dans les lycées et collèges sont de fidèles clients des gérants de résidences meublées.

« Ils montent les enchères. »

Selon le président du Capremci, ces ados ont deux modes opératoires. Quand ils veulent une résidence, soit ils proposent le double ou le triple du montant de la location, soit ils mouillent la barbe d’un adulte pour que ce dernier réserve la résidence à leur place. Denis Omer, gérant de résidence à Yopougon-Maroc, se souvient de deux gamins d’à peine 16 ans qui sont venus réserver une résidence à l’approche des congés de Noël 2025. « L’un d’eux était constamment au téléphone. J’étais presque sûr qu’il parlait à des filles et qu’ils étaient tous des élèves. Ils m’ont proposé 70 000 francs pour occuper une chambre, de 11 heures à 20 heures, là où la résidence ne coûte que 25 000 francs CFA les 24h. Ce gérant avoue avoir été tenté d’accepter l’offre, mais il s’est vite ressaisi. « J’ai été choqué d’entendre l’un d’eux murmurer au téléphone qu’ils occuperaient la résidence à neuf. »,relate-t-il.  C’est vraisemblablement à ces rendez-vous de la dépravation dans les résidences que sont nés les codes « zê-party », « tontine sexuelle », « tchep » et d’autres. Koffi K. Daniel, éducateur psycho-social de lycée, avec qui nous avons échangé dans la commune de Marcory, nous déchiffre ces codes : « La ‘’zê party’’ n’est rien d’autre qu’un rendez-vous d’alcool où tout est permis. Quant à la ‘tontine sexuelle’’, c’est lorsqu’un groupe d’élèves se cotise de l’argent qu’ils donnent à une fille qui leur offre en retour son corps. Plusieurs filles, à tour de rôle, acceptent cette proposition indécente. S’agissant du ‘’tchep’’, c’est une partouze où plusieurs ados sont autour d’une fille, un peu comme se mange le plat sénégalais à l’origine, avec plusieurs personnes autour d’un seul plat. » 

Ces élèves au poste de police, ont été surpris en train de consommer l’alcool et la cigarette dans une résidence à Angré-Chateau.

Toutes ces pratiques savamment organisées à partir des groupes WhatsApp ont non seulement pour dénominateur commun le sexe, l’alcool et la drogue, mais aussi et surtout un lieu, les résidences meublées. Sur les traces de ces clients peu ordinaires des résidences, les confidences ne manquent pas. 

Ange à la maison, ‘’démon’’ dans les résidences

« Oui, j’ai déjà fait le tchêp. C’était l’année dernière, à la veille des congés de Pâques, dans une résidence. Nous étions huit. Cinq garçons et trois filles », nous confie cet ado de 17 ans qui fréquente un établissement secondaire privé, à Yopougon-Selmer. Le gamin nous a suppliés de protéger son identité. À cet âge, il revendique trois partouzes en 2025. Deux, dans une résidence et une, dans une maison inachevée. Koffi K. Daniel, éducateur psycho-social, connait ce profil d’élève : « Généralement, quand il est à la maison, vous pouvez lui donner le bon Dieu sans confession. Mais une fois qu’il rejoint son cercle vicieux, il devient insaisissable ». Selon ce spécialiste, quand ces rendez-vous dans les résidences virent au scandale et les parents de ces ados sont convoqués, ils n’en reviennent pas. « Certains vous disent : mon enfant ne peut jamais faire ça », ajoute-t-il. Le commissaire Zaka n’a qu’un seul conseil pour les parents : « Vigilance !».

Quelques pistes de solutions pour endiguer le phénomène

Sur un plateau-télé, coach Yoman, abordant la question des adolescents dans les résidences, a fustigé la cupidité de certains gérants de résidences : « C’est dramatique de regarder à quel point les valeurs sont en chute libre. Pour de l’argent, on est prêt à brader la vertu. Je ne pense pas que ce soit l’absence de lois ou de coercition. Il faut plutôt voir la manière dont les lois sont contournées », fait-il observer Kahié Kunta, le président de Capremci, invite les parents à plus de responsabilité et d’implication dans le suivi de leurs enfants. Quant à Yves Dié Bi, parent d’élève, il propose la mise en place d’une «police parentale» qui va patrouiller dans les résidences.

Rappelons qu’en Côte d’Ivoire, il n’existe pas de loi ivoirienne qui interdise formellement à un mineur de louer une résidence meublée. Cependant, l’article 27 du Code civil sur le principe de l’incapacité du mineur précise que le mineur ne peut pas valablement poser des actes juridiques engageant sa personne ou son patrimoine, sans l’intervention de son représentant légal.

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