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mardi 31 mars 2026
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Profanation des tombes : Ce que recherchent les auteurs

En 2025, la sépulture de l’actrice Nadia Sabeh a été détruite. D’autre part, 46 autres tombes ont été profanées dans le village de Moossou, à Grand-Bassam. Ce phénomène qui semble se multiplier en Côte d’Ivoire défie la morale, les normes sociales et culturelles. Il révèle surtout un problème de sécurité des cimetières. 

Des explications données par des spécialistes à Le Tamtam Parleur, il ressort que les profanations résultent de trois facteurs : le fanatisme, les croyances rituelles et la criminalité. 

Ce qui attire les profanateurs ? 

Les profanateurs seraient attirés par les objets et biens de valeur qui sont enterrés avec les cadavres, affirme Mabia Serge, expert des cimetières. Notre expert confie aussi que les pilleurs sont habitués à trouver des objets de valeur qu’ils revendent, surtout dans les cimetières libanais. Cela est devenu leur source d’enrichissement. L’expert précise que ce qui attire l’attention des pilleurs sur une tombe c’est généralement la qualité de la sépulture dont certaines peuvent coûter 5, 10, 20 

millions de FCFA. C’est le cas des célébrités et des personnalités. 

D’après toujours notre interlocuteur, le procédé des profanateurs est bien huilé. Ils proposent leurs services aux familles, au moment des cérémonials d’enterrement. Cela leur permet de savoir qu’il y a des biens dans certaines tombes, avant de revenir les vandaliser. « Ces individus opèrent généralement la nuit, entre 3 et 4h du matin, lorsqu’il n’y a plus personne », relate Mabia Serge. 

Pour Serge Touvoly,  enseignant-chercheur au département de psychologie de l’université FHB de Cocody, ces individus recherchent le bien-être. Ils pillent pour s’accaparer les objets de valeur, mais ils peuvent aussi extraire des parties du cadavre, des ossements, etc. pour soit les utiliser eux-mêmes à des fins occultes pour devenir riches ou soit pour les vendre à des réseaux de ritualistes ou mystiques. En effet, selon de nombreux spécialistes de sciences occultes, les crânes humains, les os de jambes ou de bras, la terre provenant de la tombe, sont parfois utilisés dans des pratiques de maraboutage ou de fétichisme et sont censés apporter richesse, pouvoir ou protection. A ce propos, lorsque la tombe de l’ex-DG de la RTI, Mamadou Ben Soumahoro, avait été profanée en novembre 2021, une partie de son squelette fut volée. A Moossou, outre les bijoux en or et des pagnes précieux, des ossements humains ont aussi été extraits des tombes et emportés.

Profil et personnalité des pilleurs de tombes

Ce sont des personnes désœuvrées et, en majorité, des consommateurs de drogue qui habitent généralement dans les cimetières, fait savoir Serge Mabia. Et Dr Touvoly d’expliquer que les actes des pilleurs des tombes sont déviants par rapport aux normes et règles sociales. Ceux-ci ont du mal à s’y conformer, en ce sens qu’ils ignorent les valeurs liées aux tombes et à l’interdiction de leur porter atteinte. 

«Ce sont des individus atteints de psychopathie, qui ont une personnalité psychotique », résume-t-il. Le psychologue ajoute qu’ils n’ont aucune conscience des erreurs qu’ils commettent parce qu’ils ont échoué à intégrer, depuis l’enfance, le respect des règles sociales. Ils ne fonctionnent que selon le plaisir ; ils sont capables de défier les règles sans remords et de passer par tous les moyens immoraux pour atteindre leurs buts pour s’enrichir. Et, cette quête du bien-être les empêche de comprendre que les moyens qu’ils utilisent sont condamnables socialement et pénalement.
« Si ces personnes agissent en cachette, c’est parce que dans leur conscience, tant qu’on ne les voit pas, il n’y a pas de règles sociales », précise l’universitaire.

En finir avec les profanations

« Après la crise post-électorale de 2010, l’armée avait sécurisé les cimetières, en y expulsant les délinquants», témoigne Marbia Serge. Mais le spécialiste reconnait que ces individus sont revenus, occasionnant de nouveau l’insécurité en ces lieux. « Ces pratiques ne pourraient pas disparaître parce que les personnes psychotiques existeront toujours dans la société », déclare Dr Touvoly. L’universitaire propose, cependant, comme solution, la sensibilisation au moyen des barrières psychologiques. Selon lui, comme il est de coutume de matérialiser une zone dangereuse par une pancarte avec un crâne humain, l’on pourrait passer l’information selon laquelle des caméras et des veilleurs surveillent les cimetières, toute chose qui pourrait faire peur et dissuader les potentiels profanateurs. Au niveau social, il suggère de limiter l’exposition des cimetières en construisant des clôtures géantes, barricades et des entrées sécurisées.

D’après le code pénal ivoirien : « quiconque trouble une cérémonie ou un convoi funéraire ; viole ou profane le lieu où repose un mort ; dégrade ou souille un monument funéraire » est punit d’une peine d’emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 50.000 à 500.000 francs CFA (article 224).

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