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mercredi 4 février 2026
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Interdiction d’uriner: On «pisse» sur la loi !

En Côte d’Ivoire, malgré l’interdiction d’uriner ou de déféquer à l’air libre, 19% de la population ivoirienne continue de faire ses besoins naturels sur la voie publique, dans les caniveaux ou sur les places et plages publiques, selon le ministère de 

l’Hydraulique, de l’Assainissement et de la Salubrité. Le Code de l’hygiène publique punit pourtant cette infraction à un emprisonnement de quinze jours à trois mois et à une amende de 10.000 à 100.000 FCFA. 

D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), en 2015, seulement 23,7% de la population disposent d’un accès à des toilettes ou latrines hygiéniques et n’utilisent pas la nature (buissons, champs, plages, etc.) pour déféquer, soit un Ivoirien sur quatre. Quatre ménages sur cinq en milieu urbain disposent de toilettes adéquates, a déclaré Bouaké Fofana, ministre de l’Hydraulique, de l’Assainissement et de la Salubrité, à l’occasion de la Journée internationale des toilettes 2025. 

Toujours selon l’OMS et l’UNICEF, les excréments et l’urine humains rejetés dans la nature affectent les eaux et provoquent des maladies hydriques (diarrhée, choléra, dysenterie). Ils sont également la cause des infections bactériennes ou parasitaires (vers intestinaux, schistosomiase, trachome), typhoïde, hépatite A et E, etc. 

Une note publiée par l’UNICEF en 2020 intitulée « L’état de l’assainissement dans le monde », indique que plus de 700 enfants meurent chaque jour de diarrhée causée par l’eau insalubre, le manque d’assainissement et une mauvaise hygiène. Il n’existe pas de données spécifiques sur l’urination publique, en l’absence d’études sur ce phénomène. Cependant, les témoignages recueillis par Le Tamtam Parleur sur le terrain montrent la persistance d’une mauvaise habitude ancrée dans les mœurs.  

Le phénomène de l’urination publique a la peau dure

Dans les quartiers de la capitale abidjanaise, l’on croise des avertissements écrits. « Interdit d’uriner ici », « Pisser payer 2000 F », etc. Les premières victimes de l’insalubrité et de ses risques sanitaires sont les riverains. Ceux-ci tentent alors, à leur façon, de se protéger des odeurs nauséabondes du pipi et des défécations près des lieux de travail, commerces, domiciles, terrains de jeu, etc. Dans une ruelle du quartier de la Palmeraie, devant un atelier de soudure, une pancarte affiche : « Interdit d’uriner ici sous peine d’une amende de 5000 F ». Le jeune soudeur exerçant dans l’atelier explique qu’avant la pose de cette pancarte, des gens du quartier venaient pisser sur le mur et l’urine exhalait une odeur insupportable. Mais depuis cet avertissement, ces pisseurs ont arrêté. 

Koné Fousseni, chauffeur de woro-woro, taxi communal, sur la ligne Angré-Palmeraie, aurait déjà payé une contravention de 25 000 FCFA aux agents de la Brigade de salubrité, après avoir uriné au bord de la voie. Notre taximan regrette qu’il n’y ait pas d’urinoirs publics sur tout son parcours. « Parfois, en cours de route, le besoin se fait sentir et on est obligé de garer dans un espace isolé pour se soulager », avoue-t-il.

Une lutte difficile contre les pisseurs publics

C’est le ministère de l’Hydraulique, de l’Assainissement et de la Salubrité (MINHAS), à travers sa Direction Générale de la Salubrité, qui est chargé d’appliquer le Code de l’hygiène et de la salubrité publique. Ledit Code (loi n° 2023-899 du 23 novembre 2023 portant Code de l’hygiène et la salubrité). Depuis l’effectivité de cette loi, l’Etat a d’abord privilégié la sensibilisation des populations à travers des campagnes de vulgarisation de son contenu. Cette éducation au civisme menée après plus d’une année est complétée désormais par l’action de répression de la Brigade de l’Assainissement et de la Salubrité (BAS). 

La BAS mène des patrouilles, fait le contrôle des déchets, de la salubrité des espaces publics, et sanctionne les contrevenants aux règles d’hygiène et de salubrité publiques. Il faut rappeler qu’avant l’avènement du Code de l’hygiène publique et de la salubrité qui met un accent précis sur l’urination publique, plusieurs textes sanctionnaient déjà l’acte. On peut citer l’arrêté municipal adopté par la mairie de Yopougon en 2019, fixant une contravention de 5 000 à 50 000 FCFA aux auteurs de pipi public. Il y a aussi le Code pénal ivoirien (Loi n°2019‐574 du 26 juin 2019) qui dispose : « Est puni d’un emprisonnement de quinze jours à six mois et d’une amende de 100.000 à 1.000.000 FCFA ou de l’une de ces deux peines seulement, celui qui souille ou pollue directement ou indirectement, par quelque moyen que ce soit, tout produit ou élément naturel, nécessaire à la vie ou à la santé des populations ». C’est sur la base de cet article 353 du Code pénal qu’on réprimait les pisseurs publics, avant l’adoption et l’entrée en vigueur du Code de l’hygiène publique et de la salubrité. 


Une pancarte d’avertissement que nous avons photographiée dans le quartier de Riviera Palmeraie 

De l’avis d’un expert de l’assainissement qui s’est confié à Le Tamtam Parleur, le fait d’uriner en public est difficilement contrôlable parce qu’il s’agit d’un geste rapide qui se fait dans des endroits un peu isolés, souvent loin des regards. L’interdiction remonterait à plusieurs dizaines d’années et uriner à l’air libre est un acte banal toléré aux yeux de notre société. « On tient plus rigueur à quelqu’un qui défèque à l’air libre qu’à une personne qui urine », affirme-t-il. Poursuivant, notre interlocuteur insiste : « La loi pourrait être mieux respectée lorsque les gens adopteront, non seulement, la bonne attitude et disposeront d’endroits adéquats pour se soulager quand l’envie pressant les prend », conclut-il.

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