28 C
Abidjan
mercredi 25 février 2026
AccueilÉconomieFintech en Côte d’Ivoire: La bataille des offres digitales

Fintech en Côte d’Ivoire: La bataille des offres digitales

La finance numérique, ces dernières années, s’impose comme l’un des secteurs les plus disputés de l’économie ivoirienne. Paiements à faible coût, cartes Visa sans frais, crédit instantané, épargne digitale et plateformes intégrées structurent désormais la concurrence entre fintechs, dans un pays où le téléphone mobile a largement supplanté la banque traditionnelle.

Officiellement, la Côte d’Ivoire compte une vingtaine de fintechs agréées par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Elles évoluent dans un environnement contrasté, avec un taux de bancarisation limité à environ 32 %, tandis que l’inclusion financière progresse rapidement grâce au numérique. Plus de 45 millions de comptes électroniques actifs portent aujourd’hui le taux de bancarisation à près de 58 %, selon le ministère de l’Economie, des Finances et du Budget.

Wave a été l’un des principaux catalyseurs de cette transformation. Son arrivée sur le marché ivoirien a profondément bouleversé les usages en imposant des transferts facturés à 1 %, contre des commissions pouvant atteindre 10 % auparavant. L’entreprise a aussi introduit un mode de paiement rapide et simplifié, fondé sur le scan du QR code. Cette stratégie, qui mise sur des volumes de transactions élevés, a permis à Wave de revendiquer plus de 20 millions de comptes actifs et près de 150 000 marchands partenaires, selon Kartier Bamba, Directeur général de Wave Mobile Money Côte d’Ivoire. En 2025, la fintech renforce son offre avec une carte Visa virtuelle gratuite pour les paiements en ligne, nationaux et internationaux. La création de Wave Bank Africa, dotée d’un capital de 20 milliards de francs CFA et opérant sous licence BCEAO, marque une nouvelle étape vers une offre bancaire digitale complète.

Des modèles offensifs pour capter le marché

Djamo suit une trajectoire différente, centrée sur la transformation du mobile en banque personnelle. Fondée en 2020 par Régis Bamba et Hassan Bourgi, la fintech revendique plus de 1,8 million d’utilisateurs en Côte d’Ivoire. 60 % de ses utilisateurs ont obtenu leur première carte bancaire grâce à la Fintech. En septembre 2025, elle devient la première fintech ivoirienne à obtenir un agrément de microfinance délivré par la BCEAO. Cet agrément lui permet de proposer, dans la seule application, un compte courant avec IBAN, des cartes Visa utilisables localement et à l’international, une épargne rémunérée jusqu’à 6 % et des crédits instantanés. Pour soutenir cette évolution, Djamo a levé 17 millions de dollars en avril 2025, après avoir traité plus de 4,5 milliards de dollars de transactions.

La startup Push adopte une lecture plus axée sur l’interconnexion des systèmes. Son fondateur, Steven Bedi, met en avant une stratégie visant à réduire la fragmentation des moyens de paiement. Sa carte Visa digitale gratuite est reliée à l’ensemble des opérateurs de mobile money et facilite les paiements, retraits et transferts, notamment hors des agglomérations. Push s’est également positionné dans les filières agricoles, en particulier le cacao, où ses solutions visent à sécuriser et tracer les paiements des producteurs.

Face à ces offensives, des acteurs établis comme Orange Money ont ajusté leur stratégie. Le service a réduit ses frais de transfert pour s’aligner sur le plafond de 1 % ; il a renforcé le paiement marchand par QR code et lancé une carte Visa prépayée adossée au wallet Orange Money pour les paiements en ligne et internationaux, tout en maintenant ses offres de prêts instantanés.

Innovation accélérée, risques accrus

Cette course à l’innovation met aussi en lumière les risques du secteur. Fin 2025, le processeur de paiement ivoirien CinetPay, utilisé par environ 25 000 entreprises, a été victime d’une cyberattaque ayant entraîné une perte estimée à plus d’un million de dollars au détriment de ses clients. L’attaque, révélée début 2026, serait intervenue dans un contexte déjà sensible, marqué par l’ouverture d’enquêtes au Sénégal, pour soupçons de blanchiment et de fraudes. Les fonds détournés auraient transité par plusieurs pays via des comptes mobiles money, soulignant les failles de sécurité et de contrôle dans l’écosystème.

Cette dynamique s’inscrit dans un cadre régional en mutation, porté par l’interopérabilité des systèmes de paiement impulsée par la BCEAO dans l’espace CEDEAO. Si cette ouverture élargit le marché et stimule la concurrence, elle renforce aussi les enjeux de régulation et de confiance. Selon la Banque mondiale, le numérique pourrait contribuer entre 6 et 7 points à la croissance du PIB ivoirien, pour une valeur estimée à 5,5 milliards de dollars (plus de 3000 milliards FCFA) en 2026.

Toutes les tentatives de Le Tamtam Parleur pour faire parler les acteurs concernés ont été veines. Preuve, une fois de plus, que la concurrence est rude et nourrit de la méfiance.

Hervée MONA

Articles Similaires
spot_img

Articles Populaires

commentaires recents