L’ambassadeur Aly Touré, porte-parole des pays producteurs de cacao membres de l’Organisation internationale du cacao (ICCO), a rencontré le 4 juin 2026 à Bruxelles (Belgique), l’Association européenne des industries du chocolat, du biscuit et de la confiserie (CAOBISCO). C’est, du moins, ce qui ressort d’un communiqué de la Représentation permanente de la Côte d’Ivoire à Londres parvenu à Le Tamtam parleur.
D’après le communiqué, cette rencontre visait à explorer les voies et moyens qui permettraient d’établir un dialogue direct et constructif entre les pays producteurs avec l’industrie chocolatière européenne, en faveur d’une économie cacaoyère mondiale plus durable et équitable. La raison c’est que le marché du cacao est durement confronté à la volatilité persistante des prix, nécessitant des solutions durables. Toujours selon cette note, le porte-parole Aly Touré a eu comme interlocuteurs Marco Baldoli et Alicia Bellon Moral, respectivement Secrétaire général et Directrice de la durabilité de la CAOBISCO. Et comme l’actualité récente peut le témoigner, dans le cadre de la campagne de commercialisation du cacao 2025-2026, la chute drastique des cours mondiaux a occasionné un effet négatif sur le prix du kilogramme de fèves achetées aux producteurs. De 2800 FCFA, début octobre, le prix du kilogramme a dégringolé jusqu’à 1200 FCFA, en fin mars ; soit une baisse de 57%. La plateforme ivoirienne pour un cacao durable (PICD) a estimé, le 05 mars dernier, à plus de 30 milliards FCFA, la perte pour les sociétés coopératives dont les stocks devaient être soumis au nouveau prix. Le communiqué a, en outre, fait savoir qu’au terme de la réunion, des propositions concrètes ont été formulées en vue de renforcer la coopération entre les pays producteurs de cacao et l’industrie européenne. Mais le contenu de ces propositions n’a pas été révélé. Cependant, le porte-parole des producteurs, Aly Touré, a rassuré que les discussions se sont déroulées dans un climat constructif et empreint d’écoute mutuelle. En attendant donc les retombées positives de cette diplomatie du cacao de l’ICCO, il faut dire que les acteurs de la filière ivoirienne proposent déjà plusieurs alternatives qui font l’objet de débats avec les autorités afin de protéger les producteurs des crises répétitives du marché.
Les solutions proposées par les producteurs ivoiriens
Il s’agit d’un prix minimum garanti adossé à un fonds de stabilisation qui absorbe une partie des chocs, lorsque les cours mondiaux chutent. L’idée c’est que les producteurs pourraient continuer de recevoir un prix supérieur à celui qu’impose le marché seul. Une seconde proposition concerne le « revenu décent » garanti (DRD/LID) – prime de 400 dollars par tonne instaurée conjointement par la Côte d’Ivoire et le Ghana- que les producteurs appellent à maintenir et élargir. Ainsi, chaque fois que le cours mondial baisse, une partie du revenu du paysan pourrait être garantie grâce à cette prime. En mars dernier, l’Organisation interprofessionnelle agricole café-cacao (OIA) a plaidé en faveur du renforcement de cette prime. L’autre alternative proposée par les acteurs ivoiriens c’est une gouvernance inspirée des cartels agricoles se rapprochant du modèle l’OPEP. Ce modèle comprend, entre autres principes : la coordination des deux principaux producteurs mondiaux que sont Ghana et Côte d’Ivoire, négociation collective avec les industriels, fixation de seuils minimaux de rémunération, refus de vendre à des prix jugés incompatibles avec un revenu décent. D’après les responsables des producteurs, l’approche viserait à corriger ce qu’ils qualifient de déséquilibre historique du marché où les prix sont fixés par les négociants et les transformateurs. Et enfin, les organisations militent pour la transformation locale. Présentée comme un moyen efficace pour stabiliser les revenus. Elles estiment que vendre des fèves brutes expose directement aux aléas des cours mondiaux. Selon le PICD, en transformant localement en beurre, poudre ou chocolat, cette stratégie crée davantage de valeur. Et, une grande part de cette valeur peut être redistribuée aux coopératives et aux producteurs.
Rappelons que la CAOBISCO regroupe plus de 13 000 entreprises européennes du secteur, dont 99 % sont des petites et moyennes entreprises (PME). Tandis que l’ICCO représente 86 % des exportations mondiales et 76 % des importations mondiales de cacao. Par ailleurs, la part de la Côte d’Ivoire et du Ghana dans l’offre mondiale du cacao est estimée à 48,6% (ICCO-mai 2026).



