Dans les salles de sport d’Abidjan, des femmes défient les stéréotypes en soulevant des charges impressionnantes. Ce sport, c’est le powerlifting, une discipline associée au bodybuilding. Ces athlètes déterminées à repousser leurs limites physiques… et sociales se sont confiées à Le Tamtam Parleur.
À 22 ans, Anita Amoa mène une double vie bien rythmée. Titulaire d’un master en droit des affaires, elle consacre ses matinées à l’entraînement et ses soirées à ses cours universitaires. Pourtant, rien ne la prédestinait à la pratique du powerlifting. « Au début, j’allais en salle de sport simplement pour entretenir la forme », raconte-t-elle. Mais l’établissement qu’elle fréquentait était aussi le point de rencontre de plusieurs powerlifteurs. À force de les observer, la curiosité s’est transformée en passion. Encadrée par son coach, elle découvre rapidement ses capacités et devient une athlète accomplie. La passion de ce sport devient alors un bouclier contre les critiques et autres préjugés. « Je considère les critiques comme une sources de motivation », fait-elle savoir.
Le powerlifting, une école de discipline
Ce même état d’esprit est partagé par Adegbidi Illona, 25 ans, entrepreneure et consultante dans la gestion des risques. Formée à l’audit, à la finance et au contrôle de gestion, elle voit le powerlifting comme un prolongement de la rigueur qu’exigent ces disciplines. « Ce sport m’a permis de découvrir une force intérieure insoupçonnée », explique-t-elle.
Son parcours vers la musculation a été déclenché par un épisode douloureux. Victime d’une agression, elle décide de reprendre confiance en elle grâce au sport. Elle s’entraîne quatre fois par semaine autour de trois mouvements fondamentaux : le squat, le développé-couché et le soulevé de terre. Chaque séance vise à repousser progressivement ses limites.
Mais ces athlètes doivent aussi composer avec des préjugés persistants. « Femme qui soulève le fer, on ne peut pas mettre ça dans un foyer », lui a-t-on déjà lancé. Une remarque qu’elle rejette fermement : « La force et la féminité ne s’opposent pas». Ce combat psychologique, la championne de Côte d’Ivoire du powerlifting dit l’avoir gagné.
Sekongo Noah, figure du powerlifting ivoirien
Pour Sekongo Noah, championne nationale et vice-championne d’Afrique, ces critiques traduisent surtout une méconnaissance de ce sport. Sa passion pour le powerlifting balaie tous ces préjugés. Habituée à soulever des charges allant jusqu’à 170 kilos, l’athlète a porté haut les couleurs ivoiriennes, lors des championnats africains. Ces entraînements sont à la fois intenses et rigoureux. Médaillée d’or et d’argent au Maroc et en Afrique du Sud, la championne de Côte d’Ivoire règne sur cette discipline depuis huit ans.
Selon la Fédération ivoirienne de bodybuilding et disciplines associées, une dizaine de femmes pratiquent aujourd’hui le powerlifting.



