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jeudi 22 janvier 2026
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Joseph Amon, président de l’Ordre des architectes de Côte d’Ivoire: « Sur dix immeubles qui s’effondrent, neuf sont réalisés sans architecte »

•  En dehors de l’école d’architecture d’Abidjan et celle de Bondoukou, toutes les autres écoles qui existent ne sont pas reconnues…

•  Les promotions immobilières annoncées comme étant du luxe, sont en 

réalité du haut standing 


Alors que les effondrements d’immeubles défraient souvent la chronique en Côte d’Ivoire, le président de l’Ordre des architectes pointe la responsabilité des maîtres d’ouvrage qui construisent sans professionnels qualifiés et alerte sur les dérives du secteur. Il dénonce aussi la prolifération d’écoles non reconnues, le blanchiment de diplômes et l’usage abusif du terme « immobilier de luxe ». Entretien.

Le Tamtam Parleur : Il ne se passe plus un mois sans que les Ivoiriens n’assistent à un effondrement ou une démolition d’immeubles mal construits. Comment expliquez-vous cela ?

Joseph Amon : La raison est simple. Sur dix ouvrages qui se sont effondrés, neuf ont été réalisés sans architecte. 

Vous souvenez-vous tout de même d’ouvrages réalisés par des architectes qui se sont écroulés ? 

La cathédrale de Grand-Bassam dont une partie a cédé en plein travaux au mois de novembre dernier, a été conçu par un architecte. L’Ordre des architectes s’est saisi du dossier et va entendre le confrère.

Il semble que l’immeuble qui s’était effondré avec une pharmacie à Cocody, en bordure de route, à la Riviera Palmeraie, avait été aussi conçu par un architecte…

Sur ce cas, l’architecte a conçu le projet qu’il a remis au client. Ce dernier a promis de  recontacter l’architecte avant le début des travaux. Contre toute attente, le maître d’ouvrage a commencé les travaux à l’insu de l’architecte. En réalité, le client ne voulait pas payer les honoraires de l’architecte.  Dans cette affaire, la responsabilité de l’architecte n’a pas été établie puisque le client était censé le prévenir avant le début des travaux.  

Comment l’Ordre des architectes sanctionne-t-il les architectes inscrits à l’Ordre en cas de faute professionnelle ?

Il y a des niveaux de sanctions qui vont jusqu’à la radiation, si l’architecte fait l’objet de condamnation pénale dans une affaire. Si je suis saisi d’un mauvais comportement d’un architecte inscrit à l’Ordre, je le suspends ou je prends des mesures conservatoires. 

Des architectes au sein de l’Ordre ont ils déjà été radiés ?  

Sous ma mandature, je n’ai pas encore connu de cas de radiation. Cependant, il y a des avertissements et des suspensions. Comme cela a été le cas pour cet architecte qui a été suspendu parce qu’il avait fermé les yeux sur un projet, qui initialement prévu pour trois étages, est passé, en cours des travaux, à cinq étages. Ce dernier n’a pas dénoncé ce fait. La conséquence, c’est que le bâtiment s’est effondré. 

Même avec un architecte, on n’est toujours pas sûr d’avoir un travail sans défaillance ? 

Les cas dont je fais mention sont rares. Il est plus sûr de recourir à un architecte inscrit à l’Ordre. Car, en cas de dérapage, le client peut nous saisir. Tous les architectes inscrits à l’Ordre sont soumis à un règlement intérieur et un code de déontologie. 

Pouvez-vous nous rappeler comment l’on devient architecte en Côte d’Ivoire ?

Après le bac, vous passez un test qui vous permet d’être admis à l’école d’architecture soit d’Abidjan, soit de Bondoukou. Les cinq années d’études validées sont suivies d’un diplôme reconnu aussi bien par le ministère de l’Enseignement supérieur que par l’Ordre des architectes de Côte d’Ivoire. Une fois inscrit à l’Ordre des architectes, vous pouvez exercer légalement en tant qu’architecte. 

Parlant d’école d’architecture, il en existe de plus en plus à Abidjan…

En dehors des écoles d’architecture d’Abidjan et de Bondoukou, toutes les autres  qui existent ne sont pas reconnues par l’Ordre des architectes. Les étudiants qui sortiront de ces écoles ne pourront pas exercer avec le titre d’architecte en Côte d’Ivoire. Aussi, il leur sera impossible de se prévaloir du titre d’architecte dans l’espace UEMOA. Les Ordres d’architectes ont en commun, une charte à travers l’Union internationale des architectes. Cela permet de lutter contre le blanchiment de diplôme dans notre secteur. 

En quoi consiste le blanchiment de diplôme ? 

Ce procédé consiste à accueillir des étudiants dans une école d’architecture non reconnue par l’Ordre des architectes. Au bout de deux ou trois années d’études, le fondateur de cette école va permettre à certains étudiants d’aller terminer leurs études dans des écoles reconnues ailleurs dans le monde avant de revenir en Côte d’Ivoire avec un vrai diplôme. Le blanchiment, c’est ce vrai diplôme qui cache en réalité deux ou trois premières années passées dans une école non reconnue. 

Comment se fait aujourd’hui la reconnaissance des diplômes d’architecte en Côte d’Ivoire ?

La reconnaissance d’un diplôme d’architecte se fait aussi bien par le ministère de l’Enseignement supérieur que par l’Ordre des architectes. 

Combien d’architectes sont inscrits aujourd’hui sur le tableau de l’Ordre des architectes de Côte d’Ivoire ? 

A l’heure où je vous parle, il y a 316 architectes inscrits. 

Comment le président de l’Ordre des architectes réagit-il face à ces entreprises qui annoncent régulièrement des programmes d’immobilier de luxe ? 

L’immobilier de luxe, c’est la notion haut de gamme. C’est le summum de tout ce qui est opération immobilière offerte sur le marché. Dans la construction immobilière, on a les logements sociaux, les logements de types économiques, le moyen standing, le standing, le haut standing, le très haut standing et le luxe. Et ce luxe-là, je n’en connais pas personnellement en Côte d’Ivoire. Ce qu’il faut savoir, c’est que tout projet immobilier de luxe est unique. 

Quels éléments techniques vous permettent de détecter à vue d’œil la non-conformité dans un projet immobilier dit de « luxe » ? 

Les finitions, les matériaux sont les éléments de distinction du luxe. Il est arrivé des fois où je suis entré dans des maisons où on m’a fait savoir qu’elles ont été réalisées à 400 millions F.cfa. Mais à vue d’œil, j’ai vite compris que cette personne avait jeté 200 millions en l’air. 

Quelle est la particularité de l’immobilier de luxe ? 

Dans le luxe, tout est personnalisé. Les matériaux utilisés ne s’achètent pas dans le commerce public. Certaines pièces comme le salon par exemple sont uniques. Ce sont des pièces qu’on adapte à l’environnement, au contexte, à l’ambiance… Les promotions immobilières annoncées comme étant du luxe, sont en réalité du haut standing.  

De façon pratique, comment distingue-t-on ces types de qualité ? 

Dans une maison de type économique, la chambre principale a une superficie minimum de 12 à 15 m2. Dans une chambre principale de type moyen standing, la plus petite chambre commence à partir de 12 m2. Dans le haut standing, la plus petite des chambres commence à partir de 20 m2. Dans le très haut standing, la plus petite des chambres ne peut pas être inférieure à 25 m2. Quant à la chambre principale, ce sera au minimum 50 m2. En ce qui concerne le luxe, pour moi, il n’y a pas de maison de luxe de moins de 2500 m2.

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