Elle ne force ni le regard, ni l’attention. Eva Guehi n’est pas devenue visible par hasard. Si son nom circule aujourd’hui avec insistance dans le milieu culturel ivoirien et au-delà, c’est parce que son travail, patient et exigeant, a fini par s’imposer à tous.
Le samedi 15 novembre 2025, à Ouagadougou, Eva Guehi monte sur la scène des Sotigui Awards pour recevoir le «Prix de la Meilleure Interprétation Féminine en Série TV». Une consécration pour son rôle d’Affoué dans «Les Nounous», série réalisée par Franck Vlehi. Ce soir-là, plus qu’un trophée, c’est un parcours que l’on salue : celui d’une actrice qui avance par le travail, loin des raccourcis.
Dans Les Nounous, Eva Guehi incarne un personnage dense, parfois dérangeant, toujours humain. «Affoué» n’est ni héroïne idéalisée, ni caricature. Elle est le reflet de réalités sociales bien connues, portées avec justesse et retenue. Le public ne s’y est pas trompé. Le personnage a suscité débats, émotions et adhésion. « Jouer, ce n’est pas séduire. C’est se livrer », confie l’actrice, résumant une approche du métier basée sur la vérité plus que sur l’effet.
Une formation solide, une vision claire du métier
De son vrai nom Ève Sandrine Guéhi, Eva Guéhi est actrice, comédienne, dramaturge et enseignante en dramaturgie à l’Insaac à Abidjan. Ce double ancrage -scène et transmission- éclaire son rapport au métier. Chez elle, le jeu est réfléchi, construit, nourri par une solide formation académique. En octobre 2025, quelques semaines avant son sacre aux Sotigui, elle soutient son mémoire de Master à l’Insaac avec la mention très bien (17/20), confirmant une rigueur rarement mise en avant, dans le milieu artistique.
Son engagement dépasse l’écran. Eva Guéhi défend un cinéma ivoirien et africain ancré dans les réalités locales, convaincue que les histoires peuvent questionner, éveiller et transformer. Une vision qu’elle met aussi en pratique sur scène, avec des projets théâtraux présentés dans plusieurs festivals internationaux, du Masa aux rencontres universitaires de théâtre au Bénin, en passant par l’Égypte.
Une filmographie qui s’étoffe
Au cinéma et à la télévision, son parcours est cohérent. Elle marque les esprits dans Les Trois Lascars (2021), Les Coups de la Vie, Footeuses de trouble (2024), mais aussi dans des rôles secondaires remarqués comme Marabout Chéri (2022), Desrances ou Le grin (2017). À chaque apparition, elle impose une même ligne : servir le personnage, sans surjouer.
Aujourd’hui, Eva Guehi fait parler d’elle parce qu’elle incarne une autre idée de la réussite artistique : celle qui se construit dans le temps, par le sérieux, la formation et la fidélité au métier. Eva Guehi, un nom à suivre, non pour ce qu’il promet, mais pour ce qu’il prouve déjà.
Hervée Mona



