La greffe des cellules osseuses ne fait pas encore partie du traitement contre le cancer du sang ou hémopathies malignes (HM) en Côte d’Ivoire. La chimiothérapie reste la base des soins administrés aux patients atteints de cette maladie. C’est ce qui ressort d’une étude sur la prise en charge des hémopathies malignes dans le Centre national d’oncologie médicale et de radiothérapie Alassane Ouattara (CNRAO), publiée en janvier 2023 dans la revue Health Sciences and Diseases.
La greffe de la moelle osseuse est présentée par les spécialistes comme le traitement le plus complet à ce jour. Mais quatre autres traitements sont utilisés par les cancérologues ivoiriens pour lutter contre la maladie. Qu’est-ce que la greffe de la moelle osseuse ? D’après les explications fournies à Le Tamtam Parleur par Dr Kamara, hématologue au Chu de Cocody, c’est une opération qui donne lieu à deux formes de greffages. Dans un premier temps, l’on utilise les propres cellules du patient qu’on lui réadministre. Dans le second, l’on greffe des cellules d’un parent génétiquement compatible sur les cellules du malade. Cette opération n’étant pas pratiquée en Côte d’Ivoire par manque de structure médicale adaptée, c’est plutôt à l’étranger, notamment en France, en Turquie ou en Inde qu’elle s’effectue. Le Centre national de radiothérapie et d’oncologie médicale (CNROM), en construction à Grand-Bassam, devait permettre de réaliser la greffe de la moelle osseuse sur place. Quant aux types de traitements dont bénéficient les patients dans les hôpitaux ivoiriens, on peut en dénombrer quatre. La plus importante c’est la chimiothérapie. L’hématologue Dr Kamara l’a décrite comme une thérapie qui s’attaque à toutes les cellules à la fois cancéreuses et saines. Après quoi, l’organisme va se reconstituer. Il compare l’impact de la chimiothérapie sur l’organisme du malade à une bombe qui dévaste tout sur son passage. Le deuxième traitement c’est l’immunothérapie. C’est une thérapie qui cible uniquement les cellules contaminées. A l’image de snipers qui abattent des cibles avec précision. Enfin, il y a la radiothérapie. Selon notre hématologue, cette dernière est une intervention qui assure la finition une fois que les autres traitements ont été déjà effectués. Par ailleurs, notre interlocuteur mentionne que les lymphomes sont traités de façon efficace, en associant la chimiothérapie et l’immunothérapie.
3 à 6 millions pour traiter un cancer du sang
En Côte d’Ivoire, se traiter d’un cancer du sang relève d’un parcours du combattant. Les patients, dans leur majorité, sont confrontés à l’épineux problème du coût des traitements onéreux. Conséquence, des malades sans couverture sociale ou assurance privée doivent mettre la main à la poche. Les moins nantis abandonnent les soins, faute de moyens. À titre d’illustration, la boîte du rituximab, un des anticorps utilisés pour la chimio, coûte environ 500 000 FCFA. Et il en faut 6 à 12 flacons par séance, selon les cas, pour un total de six traitements. Un patient devra donc dépenser entre 3 et 6 millions FCFA pour se traiter. À cela viennent s’ajouter les frais d’examens médicaux nécessaires pendant les soins pour vérifier l’état des organes comme le foie, les reins ; et pour effectuer les prises de sang et le scanner. De même, la concentration des centres spécialisés de soins à Abidjan entraîne des coûts de transport ou d’hébergement pour les patients venant de l’intérieur du pays.

Tout comme de nombreuses ONG qui soutiennent le gouvernement face au coût élevé des traitements, la fondation américaine Max fournit des médicaments pour le soin des leucémies aiguës.
Les évacuations à l’étranger sont encore plus chères. Il faudrait débourser 60 millions pour la France et au moins 45 millions en Inde et en Turquie pour réaliser la greffe de la moelle osseuse. Des montants qui sont, par ailleurs, nettement au-dessus de la bourse de la majorité des patients ivoiriens. Ils sont donc rares à pouvoir se rendre à l’étranger pour se soigner. Toutefois, l’Etat de Côte d’Ivoire a rendu l’accès à certaines molécules gratuites pour les soins et a permis la disponibilité de la plupart des produits anticancéreux. Cela a permis à plusieurs malades de pouvoir se soigner.
Les difficultés liées à la prise en charge
Autres défis liés à la prise en charge, il y a l’insuffisance du personnel spécifique. En 2024, la Côte d’Ivoire comptait entre 40 et 45 hématologues dont 25 intervenant en cliniques et 20 biologistes. Il faut aussi relever le manque de structures spécialisées. Il n’existe actuellement que les services d’hématologie des Chu Yopougon (en réhabilitation), Cocody, Treichville et le CNRAO. Le Chu de Bouaké est aussi doté d’une structure de prise en charge. Cependant, seul, le service d’hématologie de Cocody dispose de la consultation et de l’hospitalisation. Le CNRAO se limite à la consultation et à un hôpital du jour, tandis qu’à Treichville, c’est uniquement l’hospitalisation. L’espoir repose désormais sur le CNROM de Grand-Bassam, en voie d’achèvement. Pour parvenir à une offre de traitement globale et efficace, l’hématologue Kamara Ismael recommande d’inclure des psychologues pour permettre l’accompagnement des personnels soignants et des patients ; de construire des centres dotés de chambres stériles, d’imagerie, etc. Enfin, Dr Kamara préconise de rendre disponible les médicaments dans les pharmacies des Chu, de former davantage de spécialistes et d’élargir l’offre des soins palliatifs pour les appliquer aux patients afin de permettre à ceux-ci de vivre leur fin normalement. Un spécialiste contacté par Le Tamtam Parleur, cite, entre autres soins palliatifs, le fait de soulager la douleur intense, les nausées, la fatigue et autres symptômes par l’usage d’analgésiques forts (morphine), d’anti-inflammatoires, de corticoïdes, etc.
Les cancers du sang identifiés au plan national sont de trois formes : les lymphomes, suivis des leucémies semi-aigües (plus répandues) et semi-chroniques (relativement rares). Pour la seule année 2025, l’on a dénombré entre 400 et 500 cas de lymphomes.



