La baisse de la demande mondiale de cacao est au cœur de la crise des prix en 2026. À Abidjan, les responsables de l’Organisation internationale du cacao (ICCO) pointent du doigt certaines pratiques de l’industrie chocolatière, jugées responsables de ce recul. Face à cette situation, l’institution annonce de nouvelles orientations, dont l’entrée en vigueur de l’Accord cacao 2026 et la tenue d’une réunion stratégique des pays producteurs, les 8 et 9 avril prochains.
Les responsables de l’ICCO ont soutenu que les raisons de la chute actuelle des prix du cacao sont principalement liées à certains comportements adoptés par les chocolatiers. Notamment la réduction de la teneur en cacao dans les produits ; l’utilisation de certains produits de substitution (tels que les graisses végétales en lieu et place du beurre de cacao par) ; la réduction clandestine de la taille des produits vendus (une barre de cacao de 90 g ramenée à 85 g) ; etc. « Ces pratiques nocives du marché ont alors contribué à faire baisser la demande », ont expliqué les conférenciers face à la presse. Ajoutant que celles-ci violeraient la directive 2000/36/CE de l’Union européenne relative à la composition, l’étiquetage et l’appellation des produits à base du cacao.
Pistes de solutions à la crise du marché
Pour l’ICCO, la crise est cyclique et rien ne garantit qu’elle pourrait trouver une solution définitive. L’organisation estime que les pays producteurs doivent s’engager sur deux pistes : la transformation et la consommation. Citant le cas du Brésil qui est premier producteur de café et, dans le même temps, premier consommateur. En outre, les responsables ont fait savoir qu’il est impératif de conquérir les marchés émergents comme la Chine, l’Inde, la Russie, l’Asie du Sud-Est, etc. afin d’accroître le marché de la consommation des produits du cacao. Aussi, pour permettre de discuter de la crise et des solutions à envisager en commun, l’ICCO organisera une réunion du 8 au 9 avril 2026. Selon Aly Touré, les 23 membres vont discuter de l’évolution actuelle du marché, en particulier de la question de la baisse des prix du cacao, de son effet négatif sur les revenus des cacaoculteurs et des pays producteurs qui dépendent du cacao. Ils se pencheront également sur des mesures visant à affronter ces défis tout en assurant la pleine conformité aux lois antitrust et aux lois sur la concurrence internationale, et la protection des consommateurs.
Un nouvel accord international 2026
Cet accord qui rentre en vigueur le 1er octobre remplacera celui de 2010. Il vise quatre priorités. Il y a le revenu vital des producteurs, à travers l’atteinte d’une durabilité économique fondée sur des prix justes et rémunérateurs ; la répartition équitable de la valeur, en encourageant les pays producteurs à ajouter davantage de valeur aux fèves de cacao, notamment grâce à la transformation locale. À cela, il faut ajouter la réduction des barrières commerciales et l’amélioration de l’accès au marché, en limitant l’impact des obstacles tarifaires et surtout non tarifaires sur les revenus des producteurs ; l’élargissement de la base des membres de l’ICCO, ainsi que la multiplication des activités de l’organisation sur la scène internationale. L’organisation reste confiante quant aux effets positifs sur l’économie mondiale du cacao du nouvel accord international. Il permettra notamment de corriger les écarts et injustices criards entre les producteurs et les distributeurs et marques.
Les chiffres de la pauvreté
« La majorité des producteurs restent sous le seuil de pauvreté », a déclaré l’Ivoirien Aly Touré. En effet, sur un marché de 100 milliards de dollars, la part revenant aux producteurs oscille entre 5 et 10% par rapport aux marques et distributeurs de chocolat. De même, environ 70 % de la valeur totale et 90 % des marges générées reviennent à ces deux acteurs de la chaîne. Les pays producteurs, qui fournissent la majeure partie du cacao mondial (la Côte d’Ivoire en produit plus de 40 %), ne reçoivent que 18,6 % de la valeur totale et moins de 7,5 % des marges cumulées.



