Dans une publication sur sa page Facebook, dont nous présentons ici un large extrait, le journaliste-écrivain ivoirien, Venance Konan, se prononce sur la sécurité alimentaire en Côte d’Ivoire.
J’ai lu dans un document que notre pays vise la souveraineté alimentaire cette année, notamment dans l’élevage et la pêche, tout en luttant contre la malnutrition chronique, particulièrement dans les zones rurales et chez les personnes vulnérables. Dans un autre document, j’ai lu que « la Côte d’Ivoire s’est engagée à accroître sa production alimentaire, réduire sa dépendance aux importations et promouvoir la transformation locale des produits agricoles. » Pour être très honnête, je reste très sceptique lorsque je lis de tels propos. Parce que cela fait très longtemps que l’on nous les sert, et surtout, une fois que l’on a dit cela, on ne nous dit pas ce que l’on va faire concrètement pour atteindre ces objectifs. L’on parle par exemple de développer la pêche. On y arrive comment, lorsque dans le même temps nous laissons les orpailleurs continuer de polluer tous nos cours d’eau en toute impunité ? On pêchera où ? On parle aussi de réduire les importations et de transformer les produits locaux. Et dans le même temps, on assiste à une explosion des boulangeries et autres pâtisseries qui utilisent le blé que nous ne produisons pas. Que fait-on pour notre attiéké que l’UNESCO a intégré dans son patrimoine ? Quelle mesure a-t-on prise pour moderniser et accroître sa production ? Que faisons-nous pour promouvoir nos autres produits vivriers locaux, pour inciter les Ivoiriens à les consommer prioritairement ? Je me souviens de l’époque du président Bédié, lorsque l’on avait lancé le slogan « consommer ivoirien ». Et le jour du lancement de cette campagne par la ministre de la communication d’alors, au cocktail de clôture on avait servi des viennoiseries, du caviar, et absolument rien d’ivoirien. Et cette belle idée n’est allée nulle part. Alors, que va-t-on faire cette fois-ci ? Que va concrètement faire l’Etat ? Que devront faire les agriculteurs ? Que devrons-nous faire individuellement ? Va-t-on simplement planter des panneaux publicitaires avec le slogan « en avant pour la sécurité alimentaire » ou quelque chose du même acabit ? Je suis devenu Saint Thomas. Je veux voir pour croire. On a encore dix mois pour voir (…). La Côte d’Ivoire est un pays qui ne souffre pas de sécheresse comme les pays du Sahel, qui est irriguée par quatre grands fleuves, et possède des terres fertiles. Mais malheureusement nous les consacrons à cultiver des produits que nous ne consommons pas
Venance KONAN,
Grand prix littéraire d’Afrique noire (2012).
NDLR : Les titres et le chapeau sont de la rédaction.



