Ancien haut responsable des Nations unies et acteur de longue date des opérations de maintien de la paix en Afrique, Bruno Mpondo Epo vient de publier Mémoires de guerres, Souvenirs de paix. L’ouvrage mêle souvenirs personnels, analyses politiques et plaidoyer humaniste. Le livre, qui revient sur plus de trente années d’engagement de ce diplomate originaire du Cameroun, consacre des passages à la Côte d’Ivoire, notamment dans les sous-chapitres intitulés « Le banquet des vautours » et « Un contingent du bonheur ».
Deux sous-chapitres de ce livre nous ont particulièrement frappé, tant par la densité narrative que par la force évocatrice : « Le banquet des vautours » et « Un contingent du bonheur ». Le premier peint deux situations aussi sombres que dramatiques : l’assassinat du nonce apostolique au Burundi, Mgr Michael Aidan Courtney, et la tragique disparition du Dr Kassi Manlan, médecin ivoirien, représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au Burundi.
La tragique disparition du Dr Kassi Manlan
L’auteur fait revivre dans cette œuvre le dernier dîner du spécialiste en hépatologie/gastro-entérologie avec des compatriotes : « Présent, mais distrait. Habité par une inquiétude sourde. Il avait peur, sans en dire plus. Puis il est rentré. » Sur les circonstances de la mort de Kassi Manlan, l’auteur rapporte dans son livre que « tout indiquait un assassinat prémédité ». Le Dr Kassi Manlan est connu pour avoir exercé comme enseignant-chercheur en Côte d’Ivoire où il a dirigé une quarantaine de thèses de doctorat, publié plus de cinquante articles ou rapports médicaux, et formé de nombreux médecins. Après avoir été responsable de l’Unité de développement des ressources humaines pour la santé au bureau régional de l’OMS pour l’Afrique en 1998, le Dr Kassi Manlan a été nommé en 2001 comme représentant résident de l’OMS au Burundi. C’est seulement quelques mois après qu’il a pris fonction que son corps a été retrouvé dans les eaux peu profondes du lac Tanganyika. Plus de 20 années après ce triste épisode, l’auteur de Mémoires de guerre, Souvenirs de paix en garde encore une mémoire pesante. Si ce premier sous-chapitre expose une atmosphère lourde et oppressante du « Banquet des vautours », avec l’assassinat de l’Ivoirien Dr Kassi Manlan, le second marque un véritable contrepoint.
Des casques bleus surnommés en Côte d’Ivoire « le contingent du bonheur »
Dans le sous-chapitre intitulé « Un contingent du bonheur », l’auteur montre que, derrière les ruines et les peurs engendrées par les crises armées, persistent des éclats de vie, des solidarités inattendues et des moments de grâce qui permettent aux peuples meurtris de tenir encore debout. L’ancien haut fonctionnaire des Nations Unies (ONU), dans cette œuvre, rapporte qu’en Côte d’Ivoire, un contingent de casques bleus avait été surnommé le « contingent du bonheur » par les populations « pour son engagement exceptionnel à atténuer les conséquences sociales profondes de la crise politique ». A la page 146 de son livre, Bruno Mpondo Epo décrit comment, en Côte d’Ivoire, un contingent a organisé des collectes de fonds pour soutenir la réinsertion des jeunes à l’école ou en centres d’apprentissage, avant de fournir un accompagnement psychologique aux victimes, et d’aider les communautés à relancer leurs activités agricoles et commerciales. Dans un récit limpide et digeste, l’auteur raconte des moments de paix apparente, presque joyeuse, où la présence des acteurs de la paix produit des effets tangibles et immédiats pour les populations ivoiriennes. Et ceci, pour battre clairement en brèche la perception de l’opinion publique dans les pays en crise qui considère les Casques bleus « comme des forces chargées de combattre les ennemis de la paix ».

Pris ensemble, les sous-chapitres « Le banquet des vautours » et « Un contingent du bonheur » montrent la double réalité des processus de sortie de crise : d’un côté, les risques de prédation qui minent la reconstruction ; de l’autre, les petites victoires concrètes qui, cumulées, font tenir l’espoir. Pour la Côte d’Ivoire, pays que l’auteur cite à plusieurs reprises, ces chapitres offrent à la fois un diagnostic sérieux et un manuel de prudence, mais aussi une lueur d’optimisme basée sur le terrain.
Rappelons que Bruno Mpondo-Epo est un ancien fonctionnaire onusien ayant occupé des postes de responsabilité dans le département des affaires politiques de l’ONU et exercé de hautes fonctions au sein de missions comme la MINUSMA (Mali). Il a alterné postes de terrain et responsabilités stratégiques, et reste engagé comme formateur et conseiller sur les questions de paix et de sécurité. Son livre-témoignage –Mémoires de guerres, Souvenirs de paix– paru il y a quelques semaines, est disponible sur Amazon.



