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mercredi 14 octobre 2026
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« La collaboration avec Beyonce m’a tout apporté », Rebecca Zoro

Sacrée « Meilleur jeune designer 2017 » au Top 10 de la mode ivoirienne avec Yhebe Design, Rebecca Zoro a été révélée entre 2015 et 2016 grâce à son talent. La consécration arrive lorsque sa jupe Adjoa est portée par la chanteuse américaine Beyonce. Pourtant, au lendemain de cette reconnaissance internationale, la styliste disparaît des radars.

Plusieurs années après avoir été sous les projecteurs, pourquoi le grand public ivoirien a-t-il eu l’impression de moins entendre parler de vous ?

C’est un choix personnel. Un choix forcé qui est devenu personnel. J’ai vraiment bien exploité les deux dernières années où l’on ne m’a pas vu pour me ressourcer. J’ai appris énormément. Je suis d’abord allée au Ghana, un pays que j’aime profondément. J’y ai vécu, travaillé et appris sur moi-même et sur mon métier. Ensuite, je suis allée vivre auprès de ma mère, dans un village sur la route de Dabou. Cette période m’a permis de retrouver l’essentiel. Depuis avril, je suis de retour à Abidjan, faire ce qui me passionne.

 À quoi ressemble votre quotidien de styliste-designer ?

Je me réveille très tôt. Je prends mon café, ensuite je regarde le planning de la journée. Ici, rien n’est laissé au hasard, je regarde tout ce qu’il y a à faire et on programme la journée. On y va, on reçoit les clientes. Aujourd’hui, l’équipe est limitée, je lui donne une nouvelle direction.

Votre nom reste associé à Beyonce. Comment cette collaboration est-elle née ?

Ah queen B!!! (dit-elle en riant). Cette collaboration, elle m’a tout apporté. Elle m’a apporté reconnaissance. Elle m’a apporté l’amour (l’affection du public). Elle m’a apporté l’argent. Mais à long terme, elle m’a rapporté des problèmes. Mais ce fut une super collaboration, amenée par ma responsable des relations publiques de l’époque. Une jeune dame sénégalaise du nom d’Anna Touré. C’est elle qui ramène Beyonce, grâce à la collection « Adjoa », réalisé avec Vlisco. L’entreprise avait lancé un projet dénommé « Vlisco and Co », avec pour but de mettre des jeunes designers en avant, à travers les pagnes de la marque. En Côte d’Ivoire, ils ont choisi Kader Diaby de la marque Olooh et moi. Suite au défilé et à la sortie de la collection, Anna a fait tourné la collection. Elle a diffusé les photos auprès de plusieurs contacts. La styliste de Beyoncé a vu la jupe Adjoa, elle l’a apprécié et a passé une commande. Son équipe m’a fait parvenir les mesures de Beyonce. J’ai confectionné la pièce et elle est partie aux États-Unis. Il y avait de l’angoisse. Des moments de doute. Va-t-elle la porter? N’yaura-t-il pas de problème? J’étais dans cette angoisse et Anna m’appelle un après-midi pendant que je dormais pour m’informer que queen B a mis la jupe. Je dis « non », elle dit « si, elle l’a porté. Attends, je t’envoie les photos ». C’est ainsi que tout s’est fait.

Vous avez dit que cette collaboration vous avait raméné des problèmes?

Comme je le disais, cette collaboration m’a apporté beaucoup d’opportunités. Mais tout est arrivé très vite. Je me suis retrouvée au centre de l’attention sans y être préparée. Je n’étais pas préparée à gérer une telle exposition. J’ai aussi commis de mauvais choix et j’ai fait de mauvais investissements. C’est ce qui m’a conduit à faire une pause. Beaucoup de personnes pensaient que tout était devenu facile parce que j’avais habillé Beyonce. En réalité, il fallait apprendre à gérer cette nouvelle notoriété. Avec le recul, je comprends qu’il fallait prendre le temps de construire les choses. Cette expérience m’a beaucoup appris.

Hormis cette expérience, quels projets vous ont le plus marqué ?

J’ai notamment collaboré avec Magnum autour d’un projet consacré aux femmes productrices de café et de cacao en Côte d’Ivoire. Nous avons travaillé avec des artisanes dans plusieurs villages comme  Yakassé-Attobrou, afin de créer des vêtements à partir de pagnes brodés à la main. Ce projet me tient toujours à cœur et je souhaite le poursuivre.

Quels sont les projets qui vous occupent le plus en ce moment ?

Il y a plusieurs projets en même temps, mais ce ne sont pas de gros projets annoncés. Mon objectif aujourd’hui, c’est de faire en sorte que tout évolue correctement. Je ne fais pas de grande collection pour le moment. Ce que je fais, ce sont quelques pièces qui vont sortir au fur et à mesure.  Pour l’heure, j’essaie de tout reprogrammer, tout clarifier.

Quelle place occupent les matières africaines dans vos créations ?

Elles occupent une place centrale. Je travaille le pagne tissé, le pagne disco, le jean, le lin et le coton. Ce sont des matières qui font partie de mon histoire et de mon identité.

Comment jugez-vous l’évolution de la mode ivoirienne et africaine ?

La mode ivoirienne progresse énormément. Les créateurs développent chacun leur identité et les Fashion Week organisées en Côte d’Ivoire gagnent en visibilité. Plus largement, la mode africaine possède un potentiel considérable. Chaque pays affirme son style, qu’il s’agisse du bogolan malien ou des créations plus sophistiquées venues d’autres horizons.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes stylistes ?

(Rires) Il ne faut surtout pas se précipiter. Il faut prendre le temps d’écrire son projet, définir sa direction et rester fidèle à sa vision. Beaucoup de personnes chercheront à vous détourner de votre objectif. Il faut apprendre à écouter, mais surtout à rester concentré sur ce que l’on veut construire.

Hervée Mona

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