El Niño : la Côte d’Ivoire dans la zone à risque
La Côte d’Ivoire doit-elle s’attendre à une nouvelle dégradation de ses conditions agricoles sous l’effet du phénomène El Niño ? Alors que la SODEXAM alerte sur l’installation d'un épisode climatique dans les prochains mois, la FAO pointe déjà l’Afrique de l’Ouest parmi les zones les plus exposées.
La menace se précise pour l’agriculture ivoirienne. Dans une note publiée sur son site, la SODEXAM annonce un risque de déficit pluviométrique dans le sud du pays, entre octobre et décembre, une période déterminante pour plusieurs cultures de rente. Cette alerte intervient alors que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) classe la Côte d’Ivoire parmi les territoires inclus dans une vaste ceinture africaine exposée aux sécheresses liées à El Niño.
L’analyse de la FAO repose sur quarante et une années d’images satellitaires issues de son Système d’indice de stress agricole. Elle identifie une bande de vulnérabilité s’étendant du Sénégal à l’Éthiopie, en passant par la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigeria. Certaines zones agricoles présentent plus de 50 % de probabilité d’être affectées par la sécheresse dans les prochains mois.
L’organisation rappelle que l’épisode El Niño de 2015-2016 a touché plus de 60 millions de personnes dans le monde et entraîné des appels humanitaires évalués à 5 milliards de dollars.
Pour la Côte d’Ivoire, les inquiétudes concernent d’abord le cacao, le café, l’hévéa et le palmier à huile. Un déficit hydrique prolongé pourrait réduire les rendements en perturbant la croissance des fruits et en accentuant le stress thermique des plantations.
Le nord du pays déjà confronté au phénomène
Les impacts d’El Niño ne relèvent plus uniquement des projections. Dans une étude publiée dans eVALUation Matters, le chercheur Soro Juda Béharé rapporte des pertes agricoles de 30 % dans la région du Folon. L’étude fait également état d’une baisse de 45 % du niveau d’eau dans les barrages agro-pastoraux.
Les relevés cités mentionnent des températures atteignant 36 °C, des pluies tardives et des séquences sèches au cœur de la saison pluvieuse pour l'année 2024. Ces perturbations ont affecté les productions agricoles, l’abreuvement du bétail et les activités maraîchères. Début septembre, l’Organisation météorologique mondiale a indiqué qu’El Niño était désormais installé et pourrait atteindre une intensité « très forte », avec une probabilité proche de 100 % de persistance jusqu’en février 2027.
Les préoccupations bien que portant sur la sécheresse agricole, les spécialistes mettent tout de même en garde contre une lecture trop simpliste du phénomène. Un déficit pluviométrique à l'échelle d'une saison ne signifie pas nécessairement l'absence d'épisodes pluvieux extrêmes. La SODEXAM souligne que des averses intenses, concentrées sur de courtes périodes, peuvent toujours survenir et provoquer des ruissellements importants, voire des inondations localisées, notamment dans les centres urbains où les capacités de drainage restent parfois limitées.
Cette variabilité constitue l'une des principales difficultés liées à El Niño. Les producteurs doivent composer avec des pluies plus irrégulières, tandis que les autorités sont appelées à gérer simultanément les risques de sécheresse et d'inondation. Selon la FAO, les épisodes précédents ont montré que les perturbations climatiques affectent souvent plusieurs secteurs stratégiques en même temps, de la production agricole à l'approvisionnement en eau.
